Dès qu'une entreprise artisanale emploie, le chiffrage change de nature. Tant qu'on travaille seul, une erreur de taux horaire se traduit par un revenu plus faible. Avec des salariés, la même erreur se multiplie par le nombre de personnes et par le nombre d'heures, et elle se voit en fin d'exercice, quand il est trop tard.
Le coût horaire d'un salarié est donc le chiffre à connaître avant tout autre. Il ne s'improvise pas, et il n'a presque rien à voir avec le salaire affiché sur le contrat.
Ce que contient réellement une heure de main-d'oeuvre
Partez du salaire brut annuel, primes comprises. Ajoutez les cotisations patronales, qui varient selon le niveau de rémunération et la situation de l'entreprise. Ajoutez ensuite ce que le bâtiment ajoute par rapport à d'autres secteurs : la cotisation aux congés payés du bâtiment, la cotisation intempéries, la visite médicale, la mutuelle et la prévoyance.
Continuez avec ce qui n'apparaît pas en paie mais existe bel et bien : l'équipement de protection individuelle et son renouvellement, les vêtements de travail, l'outillage individuel, la formation obligatoire et les habilitations, la part de véhicule et de carburant affectée à la personne.
Enfin, ajoutez la quote-part d'encadrement : le temps que le dirigeant ou le chef d'équipe consacre à préparer, à approvisionner et à contrôler le travail de cette personne. Sur un effectif réduit, ce poste est loin d'être négligeable.
Le diviseur : les heures productives, pas les heures payées
Le second terme du calcul est aussi important que le premier. Une personne payée pour un certain nombre d'heures annuelles n'en produit pas autant sur les chantiers.
Retirez les congés payés, les jours fériés, les absences prévisibles, la formation, les intempéries, et les heures de trajet non facturables. Retirez aussi le temps consacré à l'entretien du matériel, au chargement et au rangement du dépôt.
Le rapport entre les heures payées et les heures productives est le chiffre le plus révélateur d'une entreprise. Il se mesure, il ne se devine pas : il suffit de comparer, sur un trimestre, les heures pointées sur les chantiers et les heures figurant sur les bulletins de paie.
Du coût au prix de vente
Le coût horaire obtenu couvre la personne. Il ne couvre ni les frais généraux de l'entreprise, ni sa marge. Le prix de vente s'obtient donc en appliquant un coefficient qui intègre ces deux éléments.
La logique est simple : les frais généraux se répartissent sur les heures productives de l'entreprise, et la marge s'ajoute ensuite. Une entreprise qui applique un coefficient repris chez un confrère, sans avoir calculé ses propres frais généraux, se trompe forcément, dans un sens ou dans l'autre.
Un contrôle simple existe. Sur un exercice clos, divisez le total des charges de l'entreprise par le total des heures productives : vous obtenez le coût réel d'une heure vendue. Comparez-le au prix moyen auquel vous l'avez facturée. L'écart, s'il est négatif, ne se rattrape pas par le volume.
Les conventions du bâtiment ne se contournent pas
Le secteur dispose de règles propres qui pèsent sur le coût : classifications, minima conventionnels, indemnités de petits déplacements, trajet, transport et repas, régime spécifique des congés payés.
Ces éléments ne sont pas des options de négociation individuelle. Ils s'imposent, et ils doivent donc figurer dans le calcul dès le départ. Les organisations d'employeurs du secteur, dont la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment , publient régulièrement des repères sur ces sujets et sur leur évolution.
Suivre le réalisé, sinon le calcul ne sert à rien
Un coût horaire calculé une fois et rangé dans un tiroir ne produit aucun effet. Ce qui produit un effet, c'est la comparaison chantier par chantier entre les heures vendues et les heures passées.
La mécanique est légère : le devis indique un nombre d'heures par poste, le pointage remonte les heures réelles, et l'écart se lit en fin de chantier. Trois chantiers suffisent à repérer les postes systématiquement sous-estimés, presque toujours les mêmes : la préparation, les protections, les finitions, l'évacuation.
Corriger ces postes dans la bibliothèque d'ouvrages a plus d'effet sur la rentabilité qu'une hausse générale des prix, et ne coûte aucun client.
Le piège des heures supplémentaires
Recourir aux heures supplémentaires pour tenir un délai paraît neutre puisque le chantier est vendu. Il ne l'est pas : la majoration renchérit le coût horaire, la fatigue augmente le risque d'accident et de reprise, et le rendement horaire baisse en fin de semaine.
Un chantier tenu à coups d'heures supplémentaires régulières signale un problème de chiffrage du délai, pas un problème d'effectif. Le corriger au chiffrage suivant coûte moins cher que de le compenser en paie.
Le résumé opérationnel
Calculez le coût complet d'une heure salariée, divisez par les heures réellement productives, appliquez un coefficient qui couvre vos frais généraux et votre marge, puis vérifiez sur le réalisé. C'est un travail d'une demi-journée par an, et c'est probablement la demi-journée la mieux payée de l'exercice.
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