Un artisan calcule ses coûts sur un carnet posé sur son établi

Tarif horaire artisan bâtiment : la méthode pour fixer un prix rentable

Un taux horaire ne se copie pas sur le voisin : il se calcule à partir des charges de l'entreprise et des heures réellement vendues. Voici la méthode complète, et l'erreur qui fait travailler à perte sans qu'on s'en aperçoive.

Le taux horaire est le chiffre le plus discuté et le moins calculé du bâtiment. On le compare entre confrères, on l'ajuste au client, on le baisse pour emporter une affaire. Il devrait pourtant être le résultat d'une division, pas d'une négociation avec soi-même.

La méthode tient en quatre étapes, et la troisième est celle que presque personne ne fait correctement.

Étape 1 : additionner tout ce que l'entreprise doit couvrir

Commencez par les charges fixes annuelles, celles qui tombent que vous travailliez ou non. Assurance décennale et responsabilité civile professionnelle, véhicule utilitaire et carburant, loyer du local ou part de l'habitation, expert-comptable, téléphonie et logiciels, outillage amorti sur l'année, cotisations professionnelles, formation.

Ajoutez ensuite ce que vous devez dégager pour vous, sur l'année, avant cotisations sociales et impôt. C'est un choix, pas une donnée : écrivez le revenu que le métier doit produire, pas celui qu'il produit aujourd'hui.

Enfin, ajoutez une provision pour les aléas de l'entreprise : garantie et reprises, matériel à remplacer, période creuse. Cette provision se traduit en général par un pourcentage appliqué à la fin du calcul.

Étape 2 : compter les heures réellement facturables

C'est ici que la plupart des taux horaires se trompent. Une année compte cinquante-deux semaines, mais une entreprise artisanale n'en travaille pas cinquante-deux, et une journée travaillée n'est pas une journée facturée.

Retirez les congés, les jours fériés, les arrêts éventuels. Puis, sur les semaines restantes, retirez ce qui n'est jamais vendu : les visites et les chiffrages, les déplacements non facturés, les approvisionnements, l'administratif, les relances, la formation, les reprises sous garantie.

Il reste, pour un artisan seul, un nombre d'heures facturables très inférieur à ce qu'on imagine. C'est ce nombre-là qui doit servir de diviseur, jamais le nombre d'heures travaillées.

Étape 3 : diviser, puis ajouter la marge de sécurité

Le taux horaire plancher est le total à couvrir divisé par les heures facturables annuelles. Ce chiffre n'est pas votre prix de vente : c'est le seuil en dessous duquel chaque heure vendue creuse un trou.

Ajoutez ensuite une marge de sécurité, de l'ordre de dix pour cent, pour absorber les écarts entre le prévu et le réalisé. Un artisan qui a déjà mesuré ses écarts sur plusieurs chantiers peut affiner ce pourcentage ; celui qui débute a intérêt à le prendre plus large.

Le calculateur en haut de cette page effectue exactement cette division, à partir de vos propres chiffres.

Étape 4 : confronter au marché, sans s'y soumettre

Une fois le plancher connu, la comparaison avec les pratiques locales devient utile, parce qu'elle porte enfin sur quelque chose. Les organisations professionnelles du secteur, dont la Fédération française du bâtiment , publient des analyses d'activité et de coûts qui aident à situer une entreprise dans son marché.

Deux issues sont possibles. Si votre plancher est proche des prix pratiqués, la question devient celle du volume et de l'organisation. Si votre plancher est nettement au dessus, c'est que votre structure de coûts ou votre taux d'heures facturables sort de l'ordinaire : c'est là qu'il faut chercher, pas dans une baisse de prix.

Le taux horaire seul ne suffit pas

Deux compléments s'imposent. Le premier concerne les fournitures : elles supportent un coefficient qui couvre le temps d'achat, le transport, le stockage, la casse et le risque de garantie. Vendre une fourniture à son prix d'achat revient à travailler gratuitement sur ce poste.

Le second concerne les conditions particulières. Une intervention en urgence, un travail en site occupé, des contraintes d'accès, des horaires décalés : ce sont des surcoûts réels, qui se traduisent par des lignes explicites au devis plutôt que par un taux horaire gonflé sans explication.

Les trois erreurs qui coûtent le plus

La première consiste à diviser par les heures travaillées et non par les heures facturables. Elle donne un taux trop bas d'un tiers ou plus, et elle explique la plupart des entreprises qui travaillent beaucoup sans gagner d'argent.

La deuxième consiste à oublier la rémunération du dirigeant dans les charges à couvrir. Un taux calculé sans elle finance l'entreprise, pas la personne.

La troisième consiste à ne jamais recalculer. Un taux horaire vieux de trois ans ignore les hausses d'assurance, de carburant et de matériel. Recalculez-le une fois par an, au même moment, comme on relève un compteur.

Ce que ce chiffre change dans la négociation

Un artisan qui connaît son plancher discute autrement. Il sait ce qu'il peut concéder et à partir de quel point il travaille à perte. Il peut proposer de réduire la prestation plutôt que le prix, et il peut refuser une affaire sans mauvaise conscience.

C'est le principal bénéfice du calcul : il ne fait pas gagner des chantiers, il fait arrêter d'en perdre.

AVIS DES LECTEURS

Cet article a été noté 4,8 sur 5

4,8 sur 5 · 36 avis

Cet article vous a été utile ?

Commentaires

No comments yet